La tapisserie de Jacqueline de Luxembourg, part 2

L’écu de la tapisserie de Langeais m’intrigue. Je tente de restituer la vie de Jacqueline de Luxembourg. Sa moitié sur l’armoirie, Philippe de Croÿ, seigneur de Renty, fils d’Antoine de Croÿ, est un jeune homme de vingt ans quand il épouse Jacqueline en 1455.

Tapisserie à Mille fleurs (détail). Château de Langeais. © A.B.

Tapisserie à Mille fleurs (détail). Château de Langeais. © A.B.

L’histoire de ce mariage est un récit romantico-délirant, colporté dans deux notices sur Wikipédia  :

« Le (sic) Charles le Téméraire, comte de Charolais organisa en 1455 le mariage de Philippe avec Jacqueline de Luxembourg. Le comte Louis de Luxembourg-Saint-Pol, père de Jacqueline, était tout-à-fait opposé au mariage de sa fille, qu’il avait fait enfermer, mais Philippe fit barrer toutes les routes aux frontières du Luxembourg et publia que le mariage avait déjà été consommé. » Et voici une variante de l’histoire, très probablement du même auteur, toujours sur Wikipédia : « Le (sic) Charles le téméraire, organise en 1455 le mariage de Jacqueline avec Philippe Ier de Croÿ, son compagnon d’armes avec qui il a été élevé. Le comte Louis de Luxembourg-Saint-Pol, père de Jacqueline, est tellement opposé au mariage de sa fille qu’il l’a fait enfermer. Philippe de Croÿ enlève Jacqueline, fait barrer toutes les routes aux frontières du Luxembourg et l’épouse. Louis de Luxembourg a envoie (sic) son armée pour récupérer da (sic) fille, puis est contraint d’y renoncer quand Philippe de Croÿ fait publier que le mariage a déjà été consommé. »

Le jeune Charles de vingt-deux ans, qui n’est pas encore Téméraire ni duc de Bourgogne d’ailleurs, prend des initiatives à la hussarde, sans l’aval de son père. Et le père de Jacqueline la fait enfermer pour – la protéger ? La garder pour plus tard ? Et ce père Louis de Luxembourg, est-il « tout-à-fait » ou plutôt « tellement » opposé qu’il l’enferme ?

Voici une version différente – et bien plus plausible – de l’histoire de Jacqueline, par l’historien Henri Dubois :

« Antoine de Croy avait cherché à augmenter encore sa position en mariant son fils Philippe à Jacqueline, fille du comte de Saint-Pol, Louis de Luxembourg, un rejeton de l’un des plus illustres maisons d’Europe, pour, comme dit Mathieu d’Escouchy, « grandement élever sa maison et exhausser la génération des Croy ». Devant le refus du comte, Antoine avait obtenu du duc (i.e. Philippe III Le Bon) la saisie des fiefs de Saint-Pol, avait fait mener la fille chez lui à Luxembourg et en 1455 l’avait mariée à son fils en dépit d’une tentative armée des Luxembourg, père et fils. » Henri Dubois, Charles le Téméraire. Fayard 2004, p. 68.

Une chose est sûre : la chose ici, c’est Jacqueline, et il y a effectivement conflit entre son père et le père de son futur mari. Mais on se demande pourquoi sur Wikipédia, Charles de Bourgogne y a été mêlé. Plus ennuyant encore : on ne sait toujours rien sur Jacqueline, même pas sa date de naissance. Elle se situe aux alentours de 1440, au plus tôt en 1436, car le mariage de son père avec Jeanne de Bar date de juillet 1435. Jacqueline avait entre quatorze et dix-neuf ans quand elle a été mariée de force à Philippe de Croÿ. Le mystère de l’histoire de son veuvage et de la tapisserie reste entier, car Jacqueline est censée mourir en même temps que son époux, en 1511.

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