Elle serait la femme nue sur un célèbre tableau de la Renaissance, pinçant le téton d’une autre femme. Elle est la fière chasseresse antique avec arc, carquois et chiens. C’est la maîtresse du roi de France Henri II et dont le monogramme se mêle à celui de son royal amant. Elle est la châtelaine d’Anet, la déesse de la lune, l’ennemie mortelle de la reine Catherine de Médicis. Toutes ces images composent une identité, une mythologie mais cachent la femme qui en est l’origine. Les anecdotes racontées sur elle au cours des visites des demeures de la Renaissance, ces petites histoires qui pullulent dans des romans et certaines biographies, ont-elles un rapport avec la véritable Diane ? Qui est cette femme, cette jeune fille mariée à seize ans à un homme de quarante ans son aîné ? Qui est la Grande sénéchalle de Normandie, la duchesse de Valentinois ? Cette Diane-là, elle reste une illustre inconnue.
Sur ce dessin issu de l’atelier de François Clouet, Diane est une femme d’une cinquantaine d’années aux cheveux et aux yeux clairs. Digne, grave, distante, paraissant peu commode, elle est habillée et coiffée selon son statut et son âge. La Diane de Poitiers mythologique est omniprésente, alors que les images authentiques d’elle sont rares : il existe une petite dizaine de portraits contemporains. Sa date de naissance: septembre 1499. Diane naît dans un monde en mouvement. Elle est la fille de Jean de Saint-Vallier (Rhône, près de Valence), seigneur de Poitiers (en Provence) et a six ans à la mort de sa mère. Peut-être a-t-elle vécu à la cour d’Anne de France (1461-1522). Le dessin ci-dessus semble en tout cas illustrer un passage des Enseignements qu’Anne, duchesse de Bourbonnais et d’Auvergne, a écrit pour sa fille Suzanne :
Soiez tousjours en port honnorable, en manière froide et asseurée, humble regard, basse parolle, constante et ferme, tous jours en ung propoz, sans fléchir.
En 1515, Diane entre au service de la nouvelle reine de France Claude, l’épouse du roi François Ier. Peu après, Diane est mariée à Louis de Brézé (1463-1531), un homme bien plus âgé qu’elle. La jeune femme verra ensuite naître tous les enfants royaux dont Henri, le second fils du couple né le 31 mars 1519. Après des années de grossesses ininterrompues, la reine meurt en 1524. C’est Diane de Brézé qui accompagne en 1526 le petit Henri en Espagne pour qu’il serve, avec son frère aîné le dauphin François, d’otage à Charles Quint. À un peu plus de vingt ans, Diane respire la force. Philippe Erlanger écrit dans Diane de Poitiers (1955) p.51 :
Sous la coiffure – l’escoffion – qu’elle portera sa vie entière, cette jeune femme rompue aux exercices du corps donne une extraordinaire impression de fermeté, d’équilibre, de raison. Si elle paraît appétissante, désirable, la touchante faiblesse ordinaire à son sexe et à son âge n’est est certes pas la cause.
Cette « appétissante » jeune femme selon Erlanger, « rompue aux exercices du corps » (l’auteur parle sans doute des exercices d’équitation et de danse), réussit l’extraordinaire exploit d’être faible, donc femme, sans en être car elle est « fermeté », « équilibre », « raison », donc homme.
En mars 1531, Diane est présente à l’entrée à Paris de la nouvelle reine de France, Éléonore d’Autriche. La même année, elle perd son mari duquel elle a deux filles, Françoise et Louise. En 1533, en attendant de trouver la meilleure partie possible pour le dauphin, François Ier marie son fils cadet Henri à Catherine de Médicis, qui intègre ainsi la cour de la reine Éléonore. Or, en août 1536, le dauphin François meut après une courte maladie. Désormais, Henri est l’héritier du trône de France. Vers l’année 1538, paraît-il, Diane et Henri vivent ouvertement leur amour à la cour de France. Diane a près de 40 ans et Henri, qui n’a toujours pas de descendance légitime, en a vingt. Les hommes ne semblent pas faire beaucoup d’attention alors que certaines femmes, notamment Anne de Pisselieu duchesse d’Étampes et maîtresse de François Ier, seraient à l’origine d’une campagne de dénigrement à l’encontre de Diane. Serait-ce Anne qui a initiée sa réputation de manipulatrice aux mœurs légères et si avide de pouvoir ?
19 Janvier 1544, miracle. Le dauphin Henri II et sa femme ont enfin un enfant, un fils ! Trois ans plus tard, le roi François Ier meurt. À vingt-huit ans, Henri devient roi de France et Catherine la reine. Et Diane ? Il paraît qu’elle se débarrasse d’Anne de Pisselieu. Fervente catholique, elle influencerait le roi à persécuter les huguenots et se lie à la famille de Guise. En 1559, à la mort accidentelle du roi Henri II, ce serait à son tour de quitter la cour de France. Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, Baronne d’Arcy sur Aube, de Garenne, dame des terres de Bosc-Edeline et de Rouvray-en-Bray, meurt en avril 1566 au château d’Anet.



Bon, que dire? J’ai beaucoup travaillé sur Diane, elle et le prénom, sans aucune opportunité de faire paraître mon article, même partagé en deux.
Ah ah très drôle de voir des recherches que l’on fait pour d’autres ne jamais être publiées.
Catherine Piat-Marchand
Je mets le lien pour les Diane de Bretagne (les autres ne sont pas forcément à jour).
https://prenomsrares.home.blog/?s=diane+part+3
Bonjour Catherine,
merci pour votre article sur le prénom « Diane », très instructif. En vous lisant, je bute sur cette affirmation que je trouve aussi ailleurs : « Le roi François 1er nomma en 1530 Diane de Poitiers préceptrice de son second fils, le futur roi Henri II. » Otage en Espagne depuis 1526, Henri revient en France en juillet 1530, avec son frère aîné François et Éléonore la nouvelle reine de France. N’est-il pas très inhabituel de donner une « préceptrice » à un garçon de onze ans qui, de surcroît, est un prince de France ayant surtout besoin d’éducation martiale ?