Saint-Rémi, Masséot Abaquesne et la Lorraine aux musées de Rouen

En partant visiter trois musées d’art et d’histoire dans la capitale rouennaise, je ne m’attendais pas à découvrir autant d’œuvres en lien avec Marie de Lorraine: au Musée des Antiquités un fragment du tombeau de Saint-Rémi et un bréviaire de ses grands-parents, et aux Musée des Beaux-Arts et Musée de la Céramique un artiste de génie qui travaillait pour le connétable Anne de Montmorency, le « cher amy » de Marie de Lorraine reine d’Écosse.

Reims et Saint Rémi

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Baptême du Christ, vers 852. Rouen, Musée des Antiquités. Photo A.B.

Le plus extraordinaire de ces objets est un cristal de roche représentant le baptême du Christ, qui appartient depuis le 19e siècle aux collections de l’extraordinaire Musée des Antiquités à Rouen. Ce cristal gravé d’une dizaine de centimètres est l’unique vestige du tombeau de Saint Rémi, érigé à l’époque carolingienne et autrefois dans le chœur de l’abbatiale rémoise du même nom. En 1793, au cours de la Révolution française, le tombeau de Saint Rémi fut d’abord spolié puis entièrement détruit.

L’intaille rouennaise de forme rectangulaire et mesurant une dizaine de centimètres est, avec le cristal de Lothaire ou Lothair Crystal du British Museum de Londres, le plus grand joyau carolingien actuellement connu. Le cristal de Rouen se trouvait autrefois dans la fenêtre ouverte sur la porte du tombeau de Saint Rémi, qui contenait aussi le reliquaire de la Sainte Ampoule qui servait au sacre des rois de France. Ce cristal, avec un ensemble de décorations du tombeau du saint, fut probablement commandé entre 845 et 865 par l’archevêque de Reims et abbé de Saint Rémi, Hincmar (cf. Hatot, Rouen 2016).

Rendant visite à son frère Charles cardinal de Lorraine et archevêque de Reims en 1550-1551, j’imagine Marie de Lorraine dans l’abbaye de Saint-Rémi. Elle passe par la première porte du tombeau et voit devant elle la seconde porte de l’époque carolingienne, magnifiquement dorée et garnie de pierres précieuses, au milieu de laquelle se trouve encore le beau cristal, étincelant dans la lumière des bougies disposées autour du tombeau du saint.

Masséot Abaquesne et Anne de Montmorency

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Masséot Abaquesne, carreaux en faïence, 16e siècle. Rouen, Musée de la Céramique. Photo A.B.

Le second œuvre est un ensemble de carreaux fabriqués en 1542 par le faïencier rouennais Masséot Abaquesne (v.1500-v.1564). Les seize carreaux de couleur verte, jaune et bleue proviennent du premier pavement de la galerie de Psyché du château d’Écouen, reconstruit par Anne de Montmorency et sa femme Madeleine de Savoie, qui représente les motifs héraldiques et la devise du connétable de Montmorency. Ces carreaux, ainsi qu’une collection exceptionnelle d’albarelli (pots de pharmacie), de chevrettes, de gourdes et de grandes scènes historiées en faïence de la main d’Abaquesne, font partie de l’exposition Masséot Abaquesne : l’éclat de la faïence à la Renaissance au Musée de la Céramique jusqu’au 3 avril 2017.

Ce premier pavement d’Écouen a été remonté en 1977 et se trouve encore au château qui héberge aujourd’hui le musée de la Renaissance (cf. Crépin-Leblond, 2016). Peut-être Marie a-t-elle eu l’occasion de passer au château en 1550-1551 et d’admirer cette splendide décoration polychrome dans sa disposition d’origine.

René de Lorraine

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Bréviaire de René II de Lorraine, fin 15e siècle. Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts. Photo A.B.

En parcourant les salles de l’exposition Trésors enluminés de Normandie. Une (re)découverte, présentée au Musée des Antiquités de Rouen jusqu’au 19 mars 2017, je tombe sur le magnifique bréviaire de René II duc de Lorraine et de sa femme Philippe de Gueldre, les grands-parents paternels de Marie. Ce manuscrit sur parchemin a été enluminé vers 1492-1493 par Georges Trubert. Il est seulement en visite à Rouen, car le bréviaire fait parti du legs d’Auguste Dutuit et se trouve depuis 1902 au Petit Palais, le musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris.

Marie a probablement vu ce magnifique livre enluminé, commandé par le père et la mère de Claude, premier duc de Guise, son père. D’ailleurs, Marie connaissait bien Rouen, une ville très importante au 16e siècle, où son premier époux possédait un logement.

En dehors de la Renaissance ou de la vie de Marie de Lorraine, les trois musées de Rouen des Beaux-Arts, des Antiquités et de la Céramique – regroupés avec d’autres musées de la région Normandie à la Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie – possèdent des collections de très grande qualité qui méritent amplement la redécouverte que suggère le titre de la très belle exposition Trésors enluminés de Normandie. Une (re)-découverte.

Bibliographie :

Nicolas Hatot, « Une provenance rémoise prestigieuse pour le cristal carolingien du baptême du Christ ? », Le temps des Collections, Ve Édition 2016-2017, Rouen, Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie, 2016, p. 136-149.

Thierry Crépin-Leblond, « Les pavements du château d’Écouen », Masséot Abaquesne. L’éclat de la faïence à la Renaissance, Paris, Réunion des musées nationaux-Grand Palais, 2016, p. 88-95.

N. Hatot et M. Jacob (dir.), Trésors enluminés de Normandie. Une (re)découverte, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2016.
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