Une tapisserie de Jacqueline de Luxembourg

Nota bene : Cet article décrit une visite au château de Langeais en 2013.

Les tapisseries flamandes du type millefleurs datant de la fin du Moyen Age sont des véritables plaisirs esthétiques mais parfois, ces oeuvres tissées cachent aussi des histoires d’hommes et de femmes. La tapisserie concernée se situe au château de Langeais et raconte l’histoire d’une princesse de la fin du quinzième siècle. On y voit sur un fond végétalisé un écu en forme de losange, signalant qu’il appartient à une descendante de famille noble. Des branchages tressées qui l’entourent font penser à une couronne d’épines. Sur cette même tapisserie se trouvent également des « lacs d’amour » qui sont, avec la cordelière, les emblèmes de l’ordre des Dames chevalières de la Cordelière, crée en 1498 par la reine de France Anne de Bretagne.

Tapisserie à Mille fleurs. Château de Langeais. © A.B.

Sur la partie gauche des armoiries de la tapisserie – la lecture s’effectuant depuis la personne porteuse du blason, donc à droite de l’image ci-dessus -, figure le lion rouge à queue fourchue symbole des membres de la famille de Luxembourg. Les fleurs de lys sur fond bleu et les deux poissons dos à dos appartiennent aux armoiries de la famille de Bar. Il s’agit donc du blason de Jacqueline de Luxembourg (v. 1437-1511), fille aînée de Louis de Luxembourg Saint-Pol, comte de Brienne, et de Jeanne de Bar. Jacqueline a plusieurs soeurs et frères dont l’aîné, Pierre de Luxembourg Saint-Pol, qui épousera Marguerite de Savoie. Le seul enfant survivant de cette union sera Marie, qui naît vers 1470. Marie de Luxembourg épouse d’abord Jacques de Savoie puis en secondes noces François de Bourbon (1470-1495), comte de Vendôme le grand-père maternel de Marie de Lorraine, future duchesse de Longueville et reine et régente d’Écosse le personnage principal de ce blog.

La notice qui accompagnait en 2013 la tapisserie millefleurs au château de Langeais indiquait que Jacqueline serait « veuve en 1486 de Philippe de Croÿ, gouverneur du Luxembourg ». Or, Philippe de Croÿ (v. 1435-1511), seigneur de Renty et fils d’Antoine Ier de Croÿ, a environ vingt ans quand il épouse Jacqueline mais ne meurt qu’en 1511. Les armoiries de la famille de Croÿ-Renty se trouvent dans la partie droite de l’écu sur la tapisserie (à gauche de l’image).

Écartelé : aux 1 et 4, d’argent, à trois fasces de gueules (Croÿ) ; aux 2 et 3, d’argent, à trois doloires de gueules, les deux du chef adossées (Renty).

La – toujours – très maigre notice Wikipedia dédiée à Jacqueline de Luxembourg relate une histoire rocambolesque : le « père de Jacqueline, est tellement opposé au mariage de sa fille qu’il la fait enfermer. Philippe de Croÿ enlève Jacqueline, fait barrer toutes les routes aux frontières du Luxembourg et l’épouse. Louis de Luxembourg envoie son armée pour récupérer sa fille, puis est contraint d’y renoncer quand Philippe de Croÿ fait publier que le mariage a déjà été consommé » (version 2013). – Les mariages entre enfants nobles sont rarement des histoires d’amour et de passion mais Jacqueline a dû vivre des moments difficiles en 1455, l’année de ses épousailles. Or, ce n’était pas son futur époux qui l’enlève afin d’ajouter à sa propre lignée la descendante de l’illustre maison de Luxembourg mais son futur beau-père Antoine Ier (v. 1385-1475), seigneur de Croÿ et de Renty et depuis 1530 et sa création par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, chevalier de l’ordre de la Toison d’or. Henri Dubois écrit dans sa monographie Charles le Téméraire, publiée chez Fayard en 2004, p. 68 :

Antoine de Croy avait cherché à augmenter encore sa position en mariant son fils Philippe à Jacqueline, fille du comte de Saint-Pol, Louis de Luxembourg, un rejeton de l’une des plus illustres maisons d’Europe, pour, comme dit Mathieu d’Escouchy, ‘grandement élever sa maison et exhausser la génération des Croy’. Devant le refus du comte, Antoine avait obtenu du duc [i.e. Philippe le Bon] la saisie des fiefs de Saint-Pol, avait fait mener la fille chez lui à Luxembourg et en 1455 l’avait mariée à son fils en dépit d’une tentative armée des Luxembourg, père et fils.

Antoine de Croÿ, par ailleurs l’époux de Marguerite de Lorraine (v. 1420-v. 1473) la fille de Marie d’Harcourt et Antoine de Vaudémont (v. 1400-1458), sire de Joinville, ne s’est donc pas embarrassé d’obtenir le consentement des membres de la famille de Luxembourg, et Jacqueline devient l’épouse de son fils Philippe de Croÿ. C’est cette tante de Marie de Luxembourg, la grand-mère de Marie de Lorraine, qui apparaît sous forme héraldique sur la tapisserie millefleurs du château de Langeais, produite probablement au tout début du seizième siècle.

2 Commentaires

  1. Guillaume de Croy · · Réponse

    Il ne s’agit pas de Philippe de croÿ peint par van der weyden mais de son cousin du même prénom dont il n’y a pas de portrait de l’époque

    1. Je vous remercie de votre remarque, la mise à jour de l’article est effectuée. Voici le portrait de Philippe de Croÿ (1434-1482) par Rogier van der Weyden : https://artsandculture.google.com/asset/philippe-de-croy-rogier-van-der-weyden/rAFNG5titt9Blg

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