La tapisserie de Jacqueline de Luxembourg, part 1

Voir des tapisseries à Mille fleurs du XVe siècle est toujours un plaisir, mais apprendre à y lire l’histoire d’une femme est encore plus intéressant. La tapisserie dont je parle se trouve au château de Langeais, dans la « chambre de la dame », en entrant sur la droite.

Tapisserie à Mille fleurs (détail). Château de Langeais. © A.B.

Tapisserie à Mille fleurs (détail). Château de Langeais. © A.B.

On y voit sur fond de mille fleurs un écu en forme de losange – il appartient donc à une femme. Autour des armoiries s’enroulent des branchages qui font penser à une couronne d’épines, signifiant la douleur et peut-être le veuvage de la femme. Cette couronne évoque également la cordelière des moines franciscains, un symbole de chasteté. La reine Anne de Bretagne, qui a créé l’Ordre de la Cordelière en 1498, a utilisé cet objet de dévotion en allusion religieuse à Saint François. Sur la tapisserie de Langeais se trouvent aussi des « lacs d’amour » qui sont, avec la cordelière, les emblèmes de l’Ordre de la Cordelière ou Ordre des Dames chevalières de la Cordelière. Mais ce n’est pas l’écu d’Anne de Bretagne, reine de France.

Sur la partie gauche de l’armoirie (car on lit les armoiries depuis la personne qui les porte), donc à droite sur l’image, on découvre des lions rouges à queue fourchue qui nous indiquent qu’il s’agit d’un membre de la famille du Luxembourg. À côté des lions se trouvent des fleurs de lys sur fond bleu, et des poissons qui indiquent le Barrois. Il s’agit des armoiries de Jacqueline de Luxembourg, née de Bar (un duché indépendant). Elle a été mariée à Philippe de Croÿ, gouverneur du Luxembourg.

Rogier van der Weyden, Portrait de Philippe de Croÿ. © SABAM Belgium

Rogier van der Weyden, Portrait de Philippe de Croÿ. © SABAM Belgium.

Son portrait magnifique, peint par Van der Weyden, se trouve au Musée Royal des Beaux Arts d’Anvers en Belgique. Il appelle son pendant, celui de sa femme Jacqueline, mais à ma connaissance, il n’y a pas de portrait peint d’elle. Les armoiries de la famille Croÿ-Renty se trouvent dans la partie droite de l’écu sur la tapisserie (à gauche sur l’image) : « Écartelé: aux 1 et 4, d’argent, à trois fasces de gueules (de Croÿ) ; aux 2 et 3, d’argent, à trois doloires de gueules, les deux du chef adossées ».

CroyRenty

La notice explicative sur la tapisserie de la « chambre de la dame » à Langeais nous apprend que Jacqueline est « veuve en 1486 de Philippe de Croÿ, gouverneur du Luxembourg« . Or, Philippe de Croÿ meurt en 1511. Cette dernière date réapparaît dans la notice Wikipédia dédié à Jacqueline comme date de sa mort à elle. Si elle est morte en même temps que son mari, son veuvage était très court ! Les symboles de l’Ordre de la Cordelière indiquent également que l’année 1486 mentionnée dans la notice semble erronée. Des vérifications s’imposent. Deux histoires vont suivre dans les part 2 et part 3 : part 2 racontera l’histoire de Jacqueline de Luxembourg, part 3 expliquera le lien entre Jacqueline de Luxembourg et Marie de Lorraine.

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2 Commentaires

  1. […] de la tapisserie de Langeais m’intrigue. Je tente de restituer la vie de Jacqueline de Luxembourg. Sa moitié sur […]

  2. […] promis dans part 1, voici le lien entre Jacqueline de Luxembourg et Marie de Guise. Jacqueline, la femme à […]

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